Nouvelle du vendredi 25 mars 2011.

La peur est-elle devenue votre ennemie?

À l’âge de sept ou huit ans, je demeurais à la campagne près d’une rivière et mon père travaillait souvent à l’extérieur. J’avais entendu des voisins raconter qu’il y avait un vagabond qui se promenait dans les environs. Mon père n’était pas le genre à avoir peur des étrangers, mais comme il était souvent parti de la maison, la peur s’était glissée sournoisement en moi. Déjà que je n’étais pas très brave dans la noirceur, il y avait maintenant le spectre de cet homme qui rôdait...   Le jour, je continuais mes longues promenades avec ma chatte et mon chien sur le bord de la rivière et dans le petit boisé, mais le soir, j’avais de plus en plus peur.

Un après-midi où je revenais d’avoir été cueillir des framboises, j’avais aperçu au loin l’ombre d’un vieil homme courbé, mais je n’en avais parlé à personne. Le lendemain matin, à mon réveil, j’avais décidé de demeurer un peu plus longtemps dehors à la brunante. Chaque fin de journée, je travaillais à apprivoiser la noirceur, je rentrais tremblante à l’intérieur de la maison avec la peur qui me serrait le ventre, mais chaque soir, je réussissais à rester quelques minutes de plus dans l’obscurité. Puis, progressivement, ma frayeur a diminué. Une nuit, en cachette, après que tout le monde eut été endormi dans la maison, j’avais réussi à aller admirer les perséides du mois août.

Quelle belle victoire pour une petite fille que l’on traitait de peureuse! Je n’ai jamais su réellement si, cet été-là, il y avait eu un itinérant dans la région, mais j’avais appris que nous avions un pouvoir sur nos peurs.

Les années ont passé et j’ai été souvent confrontée à toutes sortes de peurs…   J’ai continué de vouloir déchiffrer celles qui pouvaient être réellement justifiées de celles qui étaient irrationnelles. Dans différents moments dans ma vie, je me suis retrouvée dans des situations de véritable danger et j’ai eu la chance de le ressentir dans chaque fibre de mon corps.

Je vais vous en donner un exemple : « Lors de mon dernier voyage en Nouvelle-Zélande, dans la ville de Christchurch, il y a eu des secousses sismiques, et la deuxième a été plus importante. J’étais dans un marché d’alimentation quand j’ai perçu qu’un tremblement de terre allait venir. D’ailleurs, je ne fus pas la seule à le ressentir, car d’autres personnes se sont déplacées dans le milieu de l’allée durant les mêmes secondes. Instinctivement, j’ai écarté un peu les jambes pour avoir plus d’équilibre, et j’ai laissé consciemment passer la secousse à travers moi, sans résister, pendant que je regardais les objets qui se trouvaient sur les tablettes s’écraser sur le sol. À la première secousse dans la nuit, j’avais eu peur, terriblement peur car je ne savais pas ce qui se passait. Cela m’a pris plusieurs semaines avant de réussir à dégager complètement toute cette tension dans mon corps qui était reliée à la trop grande décharge d’adrénaline libérée par mes surrénales ».

Exactement cinquante-huit jours plus tard, dans le centre-ville de Christchurch où j’avais demeuré dans un hôtel, il y a eu un tremblement de terre qui a causé un véritable désastre et tué plusieurs personnes. Quand j’ai vu les images de la catastrophe sur internet, mon corps s’est à nouveau crispé par réflexe, mais j’ai réussi dans les heures qui ont suivi à me défaire de la raideur dans mes épaules et dans mes jambes car le danger n’était pas réel.

Une grande partie de ma vie, particulièrement durant mon adolescence, les gens me répétaient sans cesse que j’étais trop sensible. Aujourd’hui, je considère que mon intuition est l’une de mes plus grandes richesses. Le fait de pouvoir reconnaître souvent une situation qui représente un véritable danger me protège, car si la peur nous paralyse, l’angoisse ou pire encore, nous diminuons ainsi notre qualité de vie.

J’ai développé ce précieux atout à travers les années grâce à ma sensibilité et ma détermination de vouloir vivre librement sans être toujours envahie par des peurs utopiques.

J’ai lu un jour cette phrase…   qui m’a beaucoup interpellée :

« Une vie vécue dans la peur est une vie à moitié vécue »



France Valiquette