Nouvelle du vendredi 3 mai 2013.


Un souvenir d’été.

Cette histoire m’a été racontée il y a de cela quelque temps, mais je ne l’ai jamais oubliée. Nous sommes à la fin des années soixante-dix et Caroline avait réussi à se faire accepter dans une nouvelle bande d’amis en falsifiant son âge. L’élu de son cœur avait de nombreux frères et sœurs et quelques-uns d’entre eux faisaient partie du groupe. Plusieurs des membres consommaient de l’alcool, de la marijuana et certains se laissaient aller parfois à des consommations excessives qui rendaient Caroline inconfortable. Jean Nil, un des plus jeunes frères de son copain, consommait peu de boisson alcoolisée et jamais de drogue. Il était différent des autres, par son physique, sa façon de s’exprimer, de vivre ses émotions et elle ne l’avait vu qu’une seule fois flottant dans une légère ivresse. Ils passaient de longues heures à philosopher ensemble pendant que son amoureux était endormi où bien cuvait sa bière en fin de soirée.

Par une belle journée d’été, plusieurs membres de la bande s’étaient retrouvés au bord d’un lac pour faire du canot et de la baignade. Caroline avait accepté un petit contrat de publicité pour la prochaine course de motocross qui devait avoir lieu quelques jours plus tard. Elle les avait quittés au début de l’après-midi, mais elle avait promis à Jean Nil qu’elle serait de retour vers 16 heures pour la course de natation. Elle savait qu’elle n’avait aucune chance de gagner, car Jean Nil était de loin le meilleur nageur de toute la région.

À sa grande surprise, son copain l’attendait déjà à la sortie de son travail et quand elle était montée dans la voiture, elle avait immédiatement senti qu’un évènement grave avait eu lieu durant son absence. Jean Nil s’était noyé. Il était parti en canot avec Simon. L’embarcation avait chaviré et Jean Nil avait coulé dans les eaux profondes et froides de la baie. L’accident avait secoué tout le monde; le groupe s’était dispersé à la fin de l’été et elle était partie étudier dans une autre ville.

Une bonne dizaine années avaient passé et puis un soir, elle avait raconté cette tragique noyade à quelques amis. L’un d’eux avait eu comme commentaire à la fin de son récit : « Es-tu bien certaine que c’était un accident »?

Elle avait passé la nuit suivante à réfléchir. Naturellement, l’autopsie avait déclaré une mort par noyade probablement due à un arrêt cardiaque. Elle s’était progressivement souvenue que Simon n’aimait pas particulièrement Jean Nil et qu’il pratiquait de la plongée depuis quelques mois. Simon était fort et costaud et cela se pouvait-il qu’il ait entraîné un camarade de la bande dans les abimes du lac, ne pouvant accepter sa différence. Caroline avait fermé les yeux et revoyait le visage de son ami la veille de l’accident qui était dévasté par la tristesse. Peut-être s’était-il laissé tout simplement engourdir par les eaux froides avant de glisser dans les abimes de lac.



France Valiquette